Le Recoin du Tabot
L’an passé on nous avait beaucoup expliqué, que ce soit sur le journal ou à la télévision, qu’une épidémie de grippe allait se répandre sur le monde plus mauvaise que jamais. Et qu’elle toucherait principalement les enfants, les vieux et tous les gens qui étaient déjà malades. À Tustabouisse nous avons tous une santé de fer et nous avons traversé cette pandémie sans l’attraper. Il n’y a que la Mélanie qui en fut atteinte, à tel point qu’il fallut appeler le Samu pour l’amener en ambulance à l’hôpital de Montpellier. -Peut-être bien qu’ils vont la garder une semaine peut être deux, mais sans doute que le Simon son petit-fils montera nous donner de ses nouvelles! Me dit la Louise inquiète pour la vieille. Ce n’est pas son petit-fils qui est venu, mais son fils aîné le Louis qui habite du côté de Millau. Nous ne le voyons guère car il est en froid avec sa famille. Je le connais bien puisque nous sommes à peu près du même âge et nous sommes allés à l’école ensemble. Mais le pauvre, il avait du mal pour étudier et apprenait avec difficultés. À 20 ans, il est parti dans l’Aveyron pour travailler dans une fabrique de gants. Il arriva donc un soir dans une Citroën 2 chevaux et est venu me trouver. -Ho Ferdinand, tu me reconnais? -Tu es bien le Louis de la Mélanie? On ne te trouve pas souvent par ici. -C’est bien vrai. On m’a fait savoir que ma mère était malade alors je suis descendu. -Tu sais aussi qu’elle n’est pas à sa maison mais à l’hôpital de Montpellier? -Je le sais. J’irai demain matin! Je jetais un coup d’œil à sa 2 chevaux pas mal emboutie. -Tu veux y aller avec cette guimbarde? -Que non. Elle m’a amené depuis Millau mais je ne sais pas si elle arriverait à Montpellier. Et premièrement, je ne connais pas du tout la ville. Donc, je ne la prendrai que jusqu’à la gare de Bédarieux et continuerai avec le train. Je la reprendrai au retour demain soir. -Tu as de quoi souper? -J’ai amené ce qu’il faut. Et je dormirai chez ma mère. -Quand tu seras revenu demain, tu pourras venir souper avec nous autres. -Je ne veux pas déranger. -Tu ne nous dérangera pas et la Louise se fera un plaisir de te recevoir. Comme ça, tu pourras nous donner des nouvelles de la Mélanie. -D’accord, merci bien et à demain. Et il partit dans sa voiture qui démarra dans un mauvais bruit de ferraille. Le lendemain la nuit était tombée quand j’entendis le même bruit sur la place. -Tiens, j’ai dit à la Louise, voilà le Louis qui revient de Montpellier. Ca va bien, le repas est prêt? Lorsqu’il entra j’ai vu de suite qu’il faisait une mauvaise figure. Il s’assit au coin du feu qui était allumé. -Tu as l’air embêté. Quelque chose ne va pas? La Mélanie peut être ne va pas mieux? -Je ne sais pas! -Que veux-tu dire? -Je ne l’ai pas vue. -Tu ne l’as pas vue, mais pourquoi? -Je ne l’ai pas vue parce que j’ai rôdé toute la journée dans les rues et je n’ai pas trouvé l’hôpital!
|
|