L'affamé qui n'arrête pas de «tourner» et de «retourner» a fini par partir à la chasse sur les terres de son pire ennemi le Louisou du mas Viel. Soudain au pied d'un arbre son pied chancelle et s'enfonce dans un trou caché par les feuilles. -Qu’est-ce que cela? Quelque «sauvagine» qui se serait terrée là? Non c'était autre chose, quelque chose de spécial Il y avait là, enterré un chaudron avec son couvercle. -Qu'est-ce qu'il peut y avoir dedans? En essayant de le sortir de sa cachette, le chaudron lui parut bien lourd! Une fois nettoyé et le couvercle retiré, les yeux de l'affamé papillonnèrent! Il en demeura muet! Un trésor! Un véritable trésor, tout en pièces d'or et d'argent qui dormait là au pied de l'arbre. Depuis quand? Allez savoir? Alors en réfléchissant il se demanda... -Qu'est-ce que j'en fais? Je le prendrais bien tout de suite à la maison, mais ma femme forcément serait au courant. Elle est tellement bavarde qu'elle ne pourrait tenir sa langue et tout le pays serait au courant. On n’en aurait pas fini avec les embêtements, d'autant plus que le Louisou du mas Viel, avare comme il est, viendrait me réclamer le trésor. Non, il me faut trouver une astuce pour «couillonner» tout le monde. À force de chercher et de rechercher, il trouva une solution. Il se «mit en peine» pour enterrer son chaudron plein d'or là même où il l'avait trouvé. Puis un soir à la tombée de la nuit, il partit avec sa musette. Il y avait dedans: Un paquet de «Gimblettes», une truite qu'il avait braconnée le matin dans le Gravezon et un jeune lièvre pris au collet. Ensuite il accrocha les «Gimblettes», gâteau en forme d'anneaux parfumés à l'anis, sur les buissons du chemin. Dans la rivière au milieu de son filet, il entrelaça le jeune lièvre. Dans la foulée il mit la truite dans un vieux nid de pie au sommet d'un sapin. Le lendemain à l'aube il dit à sa femme: -Sais-tu ce que j'ai trouvé d’intéressant dans le bois? Aimerais-tu le voir? Elle fut vite prête et les voilà partis vers le bois du Louisou du mas Viel. Tout à coup elle se mit à crier: -Regarde! Des gimblettes sur les buissons! Il y en a partout! On dirait qu'elles sont tombées des nuages! Un peu plus loin, l'Affamé lui dit: -Là, dans ce gouffre j'ai tendu un filet. On peut aller voir si j'ai une prise. Elle ne demandait pas mieux. Quand il remonta du gouffre avec un joli lièvre embrouillé dans le filet, elle se frotta les yeux. -C'est pas possible! -Comment pas possible -Eh bien oui, ce sont des choses qui arrivent. La preuve est là! Un peu plus loin dans le bois -Dit femme, regarde ce beau nid dans le sapin? L'oiseau doit être en train de couver, je vois sa queue qui dépasse. Il monta à l'arbre et revint avec une belle truite qu'il fit semblant d'assommer en la cognant contre un rocher. -Une truite? Dans un nid, sur un arbre! Mais c'est le monde à l'envers La pauvrette n'en revenait pas. -Pauvre femme! Tu ne te tiens pas assez au courant. Le monde n'en fini pas d'évoluer chaque jour! Finalement, ils étaient parvenus tous 2 au pied du trésor caché. -Voit ce que j'ai trouvé. Regarde tout ce qu'il y a dedans! Ola-là... Un véritable trésor! Qu'est-ce qu'on en fait? On le prend? Mais il faudra garder le secret... -Je te le promets. En cachant bien le chaudron, ils revinrent à la maison. Elle dit: -J'entends les vaches du Louisou beugler! -Mais non, ce ne sont pas les vaches! Il s'agit des diables qui secouent le Louisou, sans doute l'ont-ils bien secoué, entends comme il crie. Quelques jours plus tard, tout le monde ne parlait plus que de ce trésor, tellement fabuleux qu'il aurait suffi à combler le déficit de la sécurité sociale. Revenu à la maison, l'affamé fut bien avisé de cacher le chaudron hors de la vue de sa femme. Bien sûr, cela arriva aux oreilles du Louisou qui ne tarda pas à se montrer à la porte de l'affamé pour réclamer avec autorité le trésor qui lui appartenait de droit. -Un trésor? Mais je n'ai rien trouvé de semblable. -Votre femme dit à qui veut l'entendre qu'elle est riche comme Crésus? Toute la vallée est au courant. -Cela se peut bien, vu qu'elle est folle et pas qu'à moitié. Nous allons la questionner. -Alors, il parait que tu dis partout que nous avons trouvé un trésor? Comment se fait-il que tu as inventé tout cela? -C'est toi qui me l'as fait voir, tu te rappelles pas le jour où il a plu des gimblettes? On a trouvé aussi un lièvre qui s'était embourbé dans le gouffre où tu avais tendu ton filet de pêche. Et encore plus fort, la truite qui couvait dans un nid de pie sur le sapin. Tu ne t'en souviens pas? Quand tu l'as attrapé dans le nid, il t'a fallu l'assommer contre un rocher tellement elle était vive et elle donnait des coups de queue... En revenant, souviens-toi nous avons entendu les diables qui donnaient une sacrée correction au Louisou.... Même que vous étiez en très mauvaise posture, vu les cris que nous avons entendus à 3 lieux. Tu t'en souviens mon homme? -Mais oui ! Mais oui ! Naturellement que je m'en souviens...Voyez Louisou? Voyez où nous en sommes? Ah! Mon pauvre Louisou! Je suis bien malheureux d'avoir une femme dans cet état là. -Peut-être que je vous conseillerais de faire quelques vœux et d'aller implorer quelques Saints, pour qu'ils puissent lui remettre les esprits d'équerre. De cette façon, du trésor, plus personne n'en parla. Adapté d'après un conte de Maurice Bon
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