Le Recoin du Tabot
Le mois de Juin est le mois des cerises de toutes les qualités: depuis les précoces jusqu’aux dernières. Le gros cerisier qui est planté derrière le mazet que j’ai à la vigne cette année-ci est bien chargé de fruits. Il faut dire qu’il a plu à temps et les cerises sont bien rondes et bien rouges, prêtes à être cueillies. Alors un dimanche matin, j’ai attelé mon âne à sa charrette et avec la Louise et l’Anglaise, nous sommes montés les ramasser. En amenant toute la boustifaille qu’il fallait pour déjeuner et dîner. Du mazet nous avons sorti une table et 2 bancs qui restent là toute l’année et une paire d’échelles de bois qui servent à monter dans les arbres. Le soleil sortait à peine derrière le mont du Pou et il faisait encore frais. J’ai commencé par dételer le Caput que j’ai laissé libre de brouter l’herbe fleurie tout autour de la vigne. Cependant il ne pouvait pas entrer dedans, tout comme les chèvres qu’avait lâché la Louise, parce qu’il m’avait fallu poser une ligne de fils de fer électrifiés afin de la protéger des sangliers qui traînent un peu partout. Après un déjeuner de charcuteries et de fromages arrosés de quelques verres de vin rouge, nous avons attaqué la cueillette pleins de courage. À midi nous avions rempli 6 caisses de cerises et dépouillé tout l’arbre. Et c’est avec plaisir que, assis sur un banc à l’ombre nous nous sommes offerts un pastis coupé d’eau bien fraîche. Puis pendant que les femmes préparaient le repas, j’ai allumé un feu avec une brassée de sarments sur lequel j’ai fait griller des côtelettes d’agneau. J’aime bien manger dans la nature lorsque le temps s’y prête et que les oiseaux chantent dans les branches. Le dîner achevé la Louise et l’Anglaise entreprirent une longue discussion sur des histoires de femmes, tandis que, allongé dans l’herbe je les ai écoutées un moment et j’ai fini par m’endormir. Je rêvais d’une plage de sable doré que traversaient des créatures en maillot belles comme au cinéma, quand quelqu’un me secoua: c’était la Louise: -Tu n’as pas fini de roupiller, réveille-toi un peu! Nous ne voyons plus ton âne! -Mon âne? Il ne s’échappe pas d’habitude. Je me suis levé à regret et j’ai fait un tour en criant: -Caput, Caput, mais Caput ne répondait plus par le moindre petit brame. -Peut-être qu’il est retourné à l’étable? -Cela m’étonnerait, il préfère se trouver dehors! À ce moment-là, l’Anglaise me cria: -Talbot regarde, il être là-bas ton âne! Sur le chemin qui traversait en contre bas, arrivaient trois baudets accompagnés d’une famille de promeneurs, les deux premiers tenus par une corde et chargés d’un lourd bât, et le troisième suivant en toute liberté et ne portant rien. -Mais c’est mon bourricot. Le putanier il a dû renifler l’odeur d’une ânesse. Je suis descendu au chemin par le travers et le Caput me fit des fêtes. -Il est à vous? Me demanda l’homme qui marchait devant. -Il nous suit depuis un bon moment et pas moyen de s’en débarrasser. -Tiens je vois que vous avez loué des ânesses. Il a dû les sentir de loin et c’est ce qui l’intéresse. J’ai eu beaucoup de peine à le faire suivre et à l’atteler pendant que les femmes chargeaient sur la charrette les caisses de cerises et tout ce que nous avions amené. Pendant ce temps les randonneurs et leurs 2 ânesses avaient disparu à un détour du chemin. Nous sommes descendus vers Tustabouïsse suivis par le troupeau de chèvres, mais jusqu’à ce que je l’ai enfermé dans son étable, le Caput de mauvaise humeur n’arrêta pas de la manifester par ses braiments.
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