Théo Van Rysselberghe,
Exposition
l'Instant Sublimé Du 9 juin au 21 octobre, au Musée de Lodève Le Musée de Lodève vous propose une exposition en hommage à Théo Van Rysselberghe (1862-1926), peintre belge majeur du 20ème siècle et principal représentant du néo-impressionnisme en Belgique. Centrée autour d'un choix d'environ quatre-vingt œuvres des années 1882-1917, l'exposition porte un regard sur la manière dont Théo Van Rysselberghe sublime ses sujets, à l'image d'un instantané presque photographique. Dans la mise en place de compositions savantes, par le jeu de cadrages très particuliers d'une fascinante frontalité, le peintre nous propose des sujets dont l'anecdote est bannie. Au sein de ses paysages dont l'homme est absent, dans ses portraits mettant en scène des êtres habités et rêveurs, Van Rysselberghe utilise une subtile «alchimie de couleurs» qui contribue à transcender l'instant présent et à lui donner un caractère construit, presque irréel. Grâce à une sélection ciblée, le parcours thématique est rythmé par les grandes étapes stylistiques mises en œuvre par le peintre : du réalisme à l'impressionnisme en 1886, de l'adoption de la touche divisionniste en 1888 jusqu'à son apogée dans la fin des années 1890, puis le choix d’un style plus personnel à partir de 1903 et un retour vers le classicisme à partir des années de guerre qui marque également sa rupture avec Paul Signac avec lequel il était très proche jusqu'alors. Un cabinet graphique met en exergue les liens privilégiés qu'entretient le peintre avec le cercle intellectuel de l'époque, notamment les peintres Paul Signac, Maurice Denis, Edouard Vuillard, les poètes et écrivains Émile Verhaeren, André Gide, Francis Viélé-Griffin, le compositeur Georges Flé... Théo Van Rysselberghe et Son Temps De l'Impressionnisme au Néo-impressionnisme «C'est en examinant de la vraie et authentique clarté sur nature, et surtout les impressionnistes qui la prétendaient faire jaillir de la toile, que M. Théo Van Rysselberghe sortit de son Styx de noirs de vigne et de cinabres. Sa palette change brusquement. Il y intronise les véronèses, les laques, les cobalts, les oranges, tout le prisme. Non plus les couleurs d'atelier, les couleurs broyées, mélangées, cuisinées en d'adultères mélanges, mais les pures, les franches, les nettes, les réelles.» Émile Verhaeren En 1886, les peintres impressionnistes sont invités au Salon des XX qui se tient à Bruxelles: Claude Monet et Auguste Renoir y font sensation. Théo Van Rysselberghe remet alors en question la technique du clair-obscur et de l'intimisme feutré qu'il pratique dans les années 1885-1886 et expérimente pour la première fois en 1887, le procédé pictural des peintres français en multipliant les touches allongées de couleur (Femme à la voilette, Kunsthalle Bremen). La même année, à l'occasion de la huitième exposition de peinture des Impressionnistes à Paris où il rejoint son ami le poète Emile Verhaeren, Théo Van Rysselberghe découvre Un après-midi à la Grande Jatte (1884-1886) de Georges Seurat. Ce tableau transforme radicalement les conceptions picturales de nombreux artistes et déclenche le mouvement pointilliste belge. Cette découverte est également décisive pour Van Rysselberghe et impacte fortement sa technique. Dès 1887-1888, lors de son troisième voyage au Maroc, le peintre exécute des tableaux pointillistes d'après des photos prises par lui-même, dont le plus abouti demeure Campement devant Méquinez (collection particulière). La technique change nettement et la gamme chromatique s'adapte comme si le peintre souhaitait exprimer la sensation que la toile n'est plus éclairée mais que c'est de l'œuvre qu'émane la lumière. Un an plus tard, il expose le Portrait d'Alice Sèthe (1888, musée Maurice Denis), tableau dans lequel il associe tradition flamande et technique néo-impressionniste, au Salon des XX à Bruxelles. Le tableau est unanimement loué par la critique.
En 1890, Van Rysselberghe participe pour la première fois au Salon des Indépendants aux côtés de Seurat, Signac et Van Gogh. Il rejoint les grands néo-impressionnistes de son temps sur la scène parisienne. Vers la fin de 1890, la technique pointilliste de Théo Van Rysselberghe est à son apogée : il parvient à donner plus de mouvement et de volume par l'emploi de touches plus larges. Il abandonne les couleurs pures, ce qui lui permet de diminuer les contrastes entre les touches de couleurs. «La division, la teinte pure, je ne les ai jamais considérées comme un principe d'esthétique – moins encore comme une philosophie – mais bien comme un moyen d'expression. Dès que ce moyen me semble incomplet, ou pour mieux dire ma pensée tyrannique, je modifie mon outil.» (lettre à Signac, 1899). L'épanouissement La période 1903-1910 marque l'épanouissement d'un style personnel. Paysages et Marines semblent animés d'une énergie nouvelle : le trait s'allonge, la couleur s'intensifie. Ce changement est amorcé dès 1896 (La Pointe Saint-Pierre, collection particulière); le peintre exprime la violence de la chaleur de l'été dans des contrastes entre les rouges et les bleus. À partir de 1905, le nu devient un de ses sujets favoris et, entre 1909 et 1912, le sujet évolue vers des formats importants comportant des couleurs plus nuancées, plus nacrées. En 1911, le peintre se fait construire une maison à Saint-Clair par son frère architecte Octave près du Lavandou, y fait des séjours fréquents et s'y établit définitivement en 1920. Durant les années de guerre, comme de nombreux peintres à cette époque, Van Rysselberghe entame un retour vers un classicisme plus tranché. Il avoue vouloir regarder les oeuvres des maîtres du passé et observer la nature. La technique passe alors derrière l'émotion ressentie et cette position implique une rupture entre Van Rysselberghe et Paul Signac, jusqu'alors très proches. Théo Van Rysselberghe et le Groupe des XX Le groupe des XX, formé à Bruxelles en 1883 sur le modèle du Salon des Refusés créé à Paris en 1863, exerce pendant plus de dix ans un remarquable impact sur l'art belge de la fin du XIXème siècle, en l'initiant aux tendances majeures de l'art contemporain international. Théo Van Rysselberghe en est un des membres fondateurs. Il a alors 22 ans et s'apprête à partir pour un second voyage au Maroc. Ce cercle d'artistes, en rupture avec l'art officiel, est dirigé par Octave Maus, avocat, mécène et peintre amateur. Octave Maus use de son influence et de ses ressources financières considérables pour encourager les mouvements modernes au travers de nombreux articles et achètent des œuvres aux jeunes peintres émergents. Au-delà que d'être un peintre d'exception, Van Rysselberghe jouera auprès d'Octave Maus un rôle dans les orientations et les choix des XX qui sera capital. Constitué d'un noyau dur de vingt artistes d'où son nom, le groupe des XX défend de nouveaux talents lors des Salons qu'il organise chaque année. Les «vingtistes» y exposent collectivement aux côtés d'invités belges ou étrangers, différents chaque fois. La présentation d'oeuvres d'artistes invités a pour objectif d'inciter à l'ouverture. Certains dont Paul Signac, font partie des nouveaux vingtistes nommés par les fondateurs et Georges Seurat y expose son oeuvre majeure Un après-midi à la Grande Jatte à l'occasion du quatrième Salon des XX, en 1887. Le mouvement s'essouffle au fil des années et l'association de La Libre Esthétique lui succède en 1894 et continue à organiser des expositions d'art moderne et indépendant jusqu'au début de la Première Guerre mondiale. Grâce à l'existence des ces deux groupes uniques et engagés, les peintres se placent à la pointe de l'avant-garde artistique internationale et vont façonner le caractère de la peinture belge en exploitant à leur manière quatre grands courants de la fin du XIXème siècle: l'impressionnisme, le néoimpressionnisme, le symbolisme et l'expressionnisme. Un Portraitiste Entre Tradition et Modernité «Lors d’un voyage à Haarlem en 1883, Van Rysselberghe étudie et copie les oeuvres de Frans Hals. L’introduction du noir, mêlé aux tons doux, dans les portraits exécutés en 1886 Camille van Mons (Hanovre, Niedersächsisches Landesmuseum) ou Marguerite van Mons (Gand, Museum voor Schone Kunsten) témoigne de cette influence de Frans Hals, qui se mêlera peu à peu dans les portraits suivants à celle de Whistler. Mais l’étude de la lumière, sujet essentiel dans la peinture des écoles du nord, l’intéresse également au premier chef, dans cette démarche. Si les peintres flamands et hollandais des siècles précédents traduisent avec subtilité cette lumière d’autant plus précieuse qu’elle est rare, Théo van Rysselberghe, attiré par le sud, le bassin méditerranéen et son soleil intense, en fera le fer de lance de sa conversion à la modernité. Dans une lettre à son ami Eugène Boch, écrite pendant un séjour à Heyst, le 11 octobre 1887, il évoque la soeur de ce dernier, Anna Boch, peintre elle aussi : «Dis-moi mon vieux, entre nous, est-elle hantée aussi par cette sacrée lumière ? Moi ça m’empêche de dormir et quand je vois une toile pas lumineuse, j’éprouve le symptôme du mal de mer…». C’est la conjugaison de cette tradition héritée des grands portraitistes flamands et de cette fascination pour la lumière qui va conduire Van Rysselberghe à devenir le plus séduisant représentant du portrait divisionniste. […] La peinture de Van Rysselberghe démontre la possibilité pour un néo-impressionniste de peindre autrement que dans une vision des choses réduites à leur essence, ce qu’exigerait théoriquement la technique divisée. Il rend possible la représentation réaliste et non synthétisée en arabesques décoratives de fonds fourmillants de détails mouvementés. Le resserrement des touches donne aux corps leur matérialité, animée par la lumière; la trame assouplie des points évite de donner aux visages ce durcissement de la ligne ou des contrastes de tons qui gêne souvent la contemplation des portraits néo-impressionnistes.» Extraits de l'essai intitulé Les spécificités de Théo Van Rysselberghe de Nicole Tamburini pour le catalogue de l'exposition de Lodève
a suivre!!!!!!
Ouvert tous les jours sauf le lundi, de 10h00 à 18h00 Nocturne jusqu'à 22h00 tous les mardis du 3 juillet au 21 août 2012 Tél. 04 67 88 86 10 museelodeve@lodevoisetlarzac.fr - www.lodevoisetlarzac.fr
|